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23/03/2005 |

| Mohamed CHOUKRI (1935-2003) |
Le 26 décembre 2003 a eu à Nador une journée d'études consacrée à l'oeuvre de Mohamed Choukri, écrivain originaire de Ait Chiker, près de Nador.Un vive hommage a été rendu à samémoire dans la journée d'études organisé conjointement par le Centre d'Etudes Coopératives et la section nadori de l'Union des écrivains du Maroc et à laquelle ont assisté d'éminents critiques littéraires, des écrivains tel Idriss Khouri et des poètes. Les intellectuels de la ville, des étudiants et des citoyens d'horizons divers sont venus nombreux et ont marqué avec leur présence cet inoubliable acte cérémonial.Pour savoir plus sur Mohamed Choukri, nous reproduisons ci-après un texte tité du site www.tangier.free.frSamedi 15 novembre 2003, Mohamed Choukri a sucombé au cancer, à l'hôpital militaire de Rabat. Il a été inhumé au cimetière Marshan à Tanger lundi 17 novembre.
Cet homme né en 1935 dans le Rif et survivant d'une enfance terrible est devenu par la seule force de sa volonté un écrivain.
"Quand je suis arrivé, il y avait deux Tanger : le Tanger colonialiste et international et le Tanger arabe, fait de misère et d'ignorance. A l'époque, pour manger, je faisais les poubelles. Celles des Européens de préférence, car elles étaient plus riches."
En 1942, la famine chasse la famille Choukri du Rif vers Tanger. Le petit Mohamed âgé de 7 ans, apprend à survivre dans la rue tangéroise en exerçant divers petits métiers. Analphabète, il s'inscrit à l'école à 21 ans. Il poursuit ses études jusqu'à devenir instituteur. Il commence à publier en 1966.
En 1973, "Le pain nu" est publié aux Etats-Unis grâce à Paul Bowles. Ce roman autobiographique sans concessions ni pour lui-même ni pour la société tangéroise déclenche une levée de boucliers considérable au Maroc. "Le pain nu" connaît un énorme succès international après sa traduction en plus de trente langues. Le livre est interdit au Maroc jusqu'en 2000. Il expliquait lui-même que ce qui lui valut une censure de 27 ans ce fut tout simplement la critique du père. "Le père est sacré dans la société arabo-musulmane", affirmait-il.
"Le pain nu" devient le livre emblématique de Mohamed Choukri. Son attachement à Tanger est profond et sincère. Sa production littéraire est ancrée dans cette ville. Il regrettait que Tanger n'ait pas eu un véritable écrivain tangérois à l'exemple d'un Pagnol pour Marseille, d'un Mahfouz pour Le Caire ou d'un Dos Passos pour New York... Il n'avait alors pas vu ou voulu voir qu'il était "l'écrivain de Tanger".
Il a fréquenté un grand nombre d'écrivains comme Bowles, Genêt et Tennessee Williams. Son amitié envers certains d'entre-eux n'a jamais obscurci son jugement. Il a dit et répété que beaucoup d' écrivains étrangers venus à Tanger à l'époque internationale le firent pour le sexe et la drogue. Choukri était d'une franchise absolue, jusqu'à en devenir blessant.
Avant de mourir, Choukri créa la Fondation Mohamed Choukri à laquelle il a légué tous ses droits d'auteurs, ses manuscrits et ses papiers personnels. La présidence de la Fondation a été dévolue à M. Mohamed Achaâri.
Il pourvut aussi au bien-être de celle qui a passé 22 années à le servir dans son appartement tangérois, Fathia. Il lui fit bénéficier d'une pension à vie.
L'écrivain de Tanger qu'il fut et qu'il restera à jamais dans nos mémoires est tout entier dans cette phrase :
"Je ne sais pas écrire sur le lait des oiseaux, la délicate étreinte de la beauté angélique, les grappes de rosée, la cascade des lions, les lourdes mamelles des femelles. Je ne sais pas écrire avec un pinceau de cristal. Pour moi, l'écriture est une protestation, pas une parade."
L'oeuvre exigeante de Choukri restera une mise en garde constante contre le conformisme de la pensée et la tiédeur de l'expression.
Qu'il repose en paix. Puisse Tanger ne pas l'oublier...Oussama Zekri